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Déterrer les os : du roman à la scène

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J’adore le théâtre, et sans surprise, j’ai un petit faible pour les romans adaptés pour les planches. C’est en compagnie de mon ami Guillaume que je me suis rendue au Théâtre d’Aujourd’hui, samedi après-midi dernier, pour assister à la représentation de Déterrer les os.

La lecture du roman de Fanie Demeule m’avait fortement touché à sa sortie, en 2016. Bien que lu il y a un moment, je conservais un souvenir vif de certaines phrases coup de poing narrant le piège de l’anorexie se faisant de plus en plus étroit sur sa victime.

Les dialogues reproduisent d’ailleurs assez fidèlement de longs segments du roman, à la grande différence qu’un interlocuteur s’ajoute à la version théâtrale, l’amoureux, interprété par Jérémie Francoeur.

Après la pièce, je me suis questionné longuement sur ce choix pour la transposition théâtrale, le personnage de Francoeur n’occupant qu’une infime portion des souvenirs ressassés par la jeune femme qu’incarne Charlotte Aubin. Il m’apparait que le monologue aurait été un choix plus en phase avec l’essence du roman. d’autant plus que l’intensité émotionnelle de Francoeur ne parvient pas à égaler la performance d’Aubin.

Bien que la présence de Francoeur, souvent en retrait, témoin impuissant du mal-être de sa compagne de scène, ait pu ajouter un certain malaise à la vision d'une Charlotte Aubin secouée d'un visible conflit interne, la disposition de la scène, un long corridor autour duquel les spectateurs se faisaient face, réduisait un peu son impact.  

En effet, devant nous, ce sont des dizaines de paires d’yeux qui observent en silence Aubin revivre les épisodes troubles de son adolescence, à l’image des gens dont elle revisite à voix haute la réaction devant ses comportements. Et là est peut-être la source de mon ambivalence face à la présence de Francoeur sur scène : dans son roman, Fanie Demeule présente une femme dont sa solitude transperce sa peau bien avant que ses os ne le fassent. La dynamique entre Francoeur et Aubin contrecarre donc légèrement l’image que j’avais du personnage. 

Un peu lente à m’accrocher, avec une ouverture sur une crise d’angoisse peu convaincante et une narration plutôt froide effectuée par Aubin, la pièce devient toutefois addictive dès que l’angoisse monte d’un cran. Le jeu d’Aubin se révèle enfin, et le texte de Demeule gagne de cette interprétation forte en émotions.

Tant la personne qui m’accompagnait que moi-même avons trouvé que la longueur de la pièce aurait pu être resserrée d’un brin, bien qu’elle soit à la base plutôt courte (1 h15). Il faut dire que le roman duquel elle est adaptée est lui-même très bref, avec sa centaine de pages.

L’adaptation de Déterrer les os n’est pas inintéressante. L’interprétation de Gabrielle Lessard, à la mise en scène, dérogeait quelque peu de l’idée que j’avais de la pièce, notamment par sa temporalité, transposée sur le cours d’une seule nuit, et par la présence d’un personnage pourtant silencieux dans le roman. Il m’est toutefois toujours fascinant d’observer un livre prendre vie sur scène, d’en noter les différences, et surtout, de ressentir à leur plein potentiel certaines répliques, qui, sortant de la bouche d’une actrice, sont encore plus tranchantes que couchées sur papier.

Déterrer les os sera présenté à la salle Jean-Claude-Germain, au Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 5 mai.

Merci infiniment à Véronique Gravel, de Rugicomm, pour l’invitation.



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